Le complexe de la servante

Dans un article précédent, je comparais les mœurs des pays riches à celles des pays pauvres. Dans la même veine, on va zoomer sur le pays pauvre tout seul, et faire la part des choses.

Mon article précédent ne traitait que des classes moyennes, que je considérais comme « la moyenne » de la société, comme son nom l’indique. Les classes moyennes des pays pauvres, disais-je, vivent bien plus confortablement que celles des pays riches. Intéressons-nous de plus près à ce confort.

Les classe moyennes du tiers-monde ont, bien entendu, un pouvoir d’achat absolu largement inférieur à leur équivalent du premier-monde. Ce qui les place en défaveur flagrante face à l’achat d’un produit de la mondialisation. Un iPhone, par exemple, coute le même prix aux USA qu’au Mexique. Mais le salaire moyen est très différent. Un membre de la classe moyenne Mexicain devra donc se saigner davantage pour faire partie du club de fanboys.

Mais il faut réaliser que seule une faible proportion d’un budget familial moyen est consacré à l’acquisition de produits de la mondialisation. Et, si la part « loyer » a bien des chances d’être proportionnellement équivalente entre le premier et le tiers-monde, les autres dépenses ont un profil bien différent.

Un membre de la classe moyenne Mexicaine mange au resto très souvent. Et il se fait cirer les pompes par un cireur ambulant pendant le dessert. Les jours où il n’a pas le temps, il se fera livrer un repas chaud chez lui pour une fraction de ce que ça coute dans le premier-monde. Même en tenant compte de la différence de salaire, ça reste beaucoup moins cher. Si la bouffe n’est pas clean et qu’il se retrouve avec les chiottes bouchées, un plombier accourra ventre-à-terre. Quand le Mexicain passe à la station-service, il ne se salit pas les mains sur la pompe. Un employé de la station lui fait le plein. À part quand la voiture est en panne, où il ne prend surement pas le bus, qui est bien trop ringard, mais le taxi. Et, bien sûr, il ne récure jamais ses chiottes, c’est le travail de la servante. Vous en connaissez beaucoup, dans le premier-monde, des classes moyennes avec une servante ?

Passons au Brésil, qui est en train de sortir d’une époque de grande inégalité. Ils ont eu un président gauchiste, le premier de l’histoire de l’Amérique Latine à ne pas s’être fait dégommer par la CIA. Il a lourdement redistribué pendant son temps de pouvoir. En passant au Brésil, on entend les classe moyennes râler: « De nos jours, on ne peut plus se payer de servante. Elles demandent toutes trop cher. Les pauvres d’aujourd’hui sont d’une paresse ! ». Ce qui est un comble quand on se rend compte que, même aujourd’hui, le Brésil est toujours l’un des pays les plus inégaux au monde.

La clé du confort des classes-moyennes tiers-mondiste est dans l’immense fossé économique qui se trouve entre elles et la classe des vrais pauvres. Tant qu’il y a suffisamment de parias, la compétition sur le marché des petits services au quotidien assure des prix bas, un confort inégalé pour les classes moyennes, et la perpétuation de la situation économique des classes les plus pauvres. Classe qui a généralement été éradiquée dans les pays du premier-monde qui se respectent à grand renfort de salaires de base et allocation diverses.

Imaginez un premier-mondiste qui débarque là-dedans avec un salaire (ou, plus commun, une retraite) en euro-dollars. Il peut se payer une servante pour sa servante! Les vrais rois du pétrole ici sont les « expats » qui, non contents d’être payés en euro-dollars, voient leur salaire lourdement majoré par rapport à un poste équivalent dans leur pays, pour des raisons qui m’échapperont toujours.

De notable également dans ce système: les travailleurs des services rapprochés ont autant de chance d’être en âge d’aller à l’école que d’aller à l’hospice. Au Mexique, les premiers sont spécialisés dans la vente ambulante de malbouffe et de clopes à l’unité aux badauds, les seconds leur emballent souvent les articles dans des sac-plastiques à la caisse des supermarchés. Parce que, bien sûr, les classmoys du tiers-monde ne vont quand même pas mettre eux-même leurs achats dans les sachets! Un peu de dignité, tout de même.

Une feuille de route de sortie à la Brésilienne, à coup de retraites, scolarisations obligatoire et allocations, est la méthode reconnue pour combler le fossé. Méthode qui me répugne un peu par son échelle macro, cout prohibitif et faible rendement. Vous connaissez des régions qui ont réduit l’inégalité par des initiatives locales ou un programme à l’échelle humaine ?

Posted from Merida, Yucatan, Mexico.

7 réponses sur “Le complexe de la servante”

  1. Article intéressant même si tu découvres un peu l’eau tiède (Il faut des plus pauvres que soi pour avoir un standing de riche), par contre l’anti-apple récurent devient lourdingue, si tu es aux US profites-en pour t’acheter un ipad en dollars !

    1. Ils sont mieux quand on paye en dollar? Je dois effectivement passer aux USA dans une semaine ou deux.

      Effectivement, j’ai un peu l’impression d’expliquer l’évidence. Ou plutôt… J’ai un peu l’impression d’avoir manqué mon idée. J’aurais pu comparer le filet de sécurité social des pays du premier-monde, qui évite de trop stresser, au la fixité du système de classes dans le tiers-monde, qui évite de trop stresser aux classmoys. Pourtant j’ai relu pendant trois jours en me grattant la tête…

      Pour Apple, je vais essayer de démordre un peu… Ça va être dur…

    1. Effectivement. C’est quand même pas terrible comme exemple parce qu’ils l’ont fait en lutte contre le pouvoir et qu’ils se retrouvent tous égaux dans la pauvreté parce que le reste du pays leur a tourné le dos.

  2. Quid du fait que les enfants vont a l’ecole parceque maman peut travailler comme boniche? Qu’ils ont acces a l’universite parcequ’ils ont des references et contacts avec la classe moyenne? Quid du fait que la femme de la classe moyenne peut travailler parcequ’elle peut se liberer du joug du foyer? Qu’elle a quelqu’un qui peut l’aider avec les enfants?
    A mon humble avis, nos societes modernes ont un probleme bancal avec la position feminine: competitives au boulot, et ange du foyer avec les enfants ca n’existe pas. Ca fait des femmes sur stressees, sous pression avec tous les aprioris qu’elles essaient de combler. Les femmes dans nos societes devellopees sont devenues ameres et incapable de s’epanouir socialement, encore moins sexuellement. Il ne faut pas s’etonner que ces malheureuses se consolent en flambant la carte de credit et simulent au lit. Le statut de mere de famille n’a jamais ete si compromis. Apres l’on s’etonne que l’on vive dans des societes certes moins inegalitaires mais bien plus nevrotiques, bien moins solidaires….

    1. Évidemment les défavorisés qui font de la lèches aux favorisés s’en sortent mieux que ceux qui restent entre eux. Ça ne justifie en rien l’état de fait.

      Le problème féministe ne sera pas résolu ethniquement par l’assujettissement des classes défavorisées. La racine du problème est bien évidemment dans le monde du travail. Horaires flexibles, partage des taches et tissu communautaire font tout aussi bien le travail de la servante.

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