C’est comment, de voyager à la dure avec un bébé ?

Ça fait quatre mois et demi qu’on est sur la route. Peut-être qu’il est temps de couvrir ce chapitre.

Déjà je veux relativiser le « à la dure ». Nos limites sont bien plus conservatrices avec le petit bibi que sans. Pas tant dans ce qu’on s’interdit de faire, mais on prépare le terrain beaucoup mieux, et on jette l’éponge plus rapidement. Quand l’autostop ne marche vraiment pas et que le climat n’est pas bon et qu’un taxi passe, on prend le taxi, qui nous emmène à la gare routière où on prend un bus pour notre destination. On n’aurait jamais fait ça avant. De même, si au bout d’une demi-heure de recherche de spot pour passer la nuit dehors on n’a rien trouvé, on rentre dans le premier hôtel qu’on trouve.

Du coup c’est du « à la dure » avec un filet bien confortable en dessous.

Mon sac pèse mille millions de tonnes

Je suis un apôtre du voyage léger. Si on n’arrive pas à tout faire tenir dans un sac de 30 litres, c’est qu’il faut se remettre en question. Quand en plus on se limite aux climats chauds et qu’on peut économiser la veste et le sac de couchage, un sac de 30 pour deux c’est suffisant. Et ben plus maintenant. Je marche avec un sac de 60 litres qui pèse entre 15 et 20 kilos selon les circonstances. Elsy, elle, se limite au bon vieux sac de 30 litres dans lequel on n’essaye de rien mettre de lourd, mais elle porte le bébé de 10 kilos les trois quarts du temps. Le quart restant, où c’est moi qui porte, je charge donc 30 kilos. Cauchemardesque.

Perte de réactivité

Impossible de se mettre en route tôt le matin. Genre, je saute dans mes chaussures, un café derrière le sternum, le sac bouclé en un quart d’heure, ciao la revoyure. Le petit bibi, il faut le nourrir. Des fois il ne veut pas, mais il faut le nourrir quand même, c’est juste plus long. Il faut laver la couche de la nuit, mettre une nouvelle, habiller, courir après quand il se carapate dans les escaliers… Le sac prend plus de temps à boucler avec toutes ses affaires à lui. On a du mal à décoller avant 10h du mat.

Ça nous freine

Déjà dans le sens où il faut laver quatre couches par jour. Elles sèchent sur le sac à dos, mais pour laver des couches, il faut un accès à l’eau, et c’est parfois pas simple.

Le choix des couches lavables est tout d’abord un non-choix. Les couches jetables, c’est trop criminel pour nous. Mais aussi, les couches jetables, ça prend beaucoup trop d’espace. Un paquet de couches neuf nécessiterait son propre sac à dos. Ridicule. En plus ça coute une fortune. Sérieux, je ne comprends pas comment ça se fait qu’elles se vendent encore.

Au rhytme auquel on perd nos couches lavables, on s’est retrouvés à essayer plein de marques. Et, franchement, on trouve que les moins chères sont les meilleures. Elle sèchent plus vite. En ce moment on tourne avec celles-là, et on en est très satisfaits. Un jeu complet à 10 €… Pas d’excuses.

Si on faisait bien attention, on n’aurait pas besoin de couches du tout. Depuis qu’il a 5 mois, le petit bibi sait qu’il doit attendre qu’on l’emmène aux chiottes. Sauf qu’il n’est pas très patient, et que parfois on est coincé dans un bus où une voiture pendant des heures.

Le fait qu’il essaye d’attendre le passage aux chiottes nous ralentit également : Il faut essayer de ménager une pause toilettes toutes les heures au moins. Ça casse la moyenne.

Et puis aussi dans le sens où le petit bibi n’aime pas trop les voyages trop longs. On n’essaye même pas de faire rentrer 15h de stop dans la journée. Et toutes les quelques heures, on ménage une pause dans un endroit où on peut jouer avec lui. Ou le lâcher. Qu’il aille faire ses conneries de petit bibi.

Il faut qu’il mange souvent, en plus de ça. Quand un autostoppeur est « dans la zone », il peut passer 24 heures sans manger juste pour ne pas manquer une seule voiture. C’est con, mais c’est plus fort que nous.

Jusqu’en Inde, on se permettait de lui faire sauter des repas en remplaçant par une surdose de lait maternel. Mais ça fait trois mois qu’on s’oblige à lui donner de la vraie bouffe dès qu’il a faim. Ça casse la moyenne aussi.

C’est pas tellement un inconvénient d’ailleurs. Ça nous force à y aller plus doucement. Parce que, des fois, je vous jure…

Ça limite l’accès aux trucs organisés

J’ai du mal à imaginer une activité qui serait trop extrême pour qu’on emmène le petit bibi. Évidemment il ne peut pas faire de plongée sous-marine, mais il peut théoriquement nous accompagner dans tous les trucs les plus déments. Sauf s’il y a un guide. Les guides sont allergiques aux petits bibis. Une allergie de seconde main, probablement contractée auprès d’une compagnie d’assurance. Dans certains parcs nationaux, ils ne te laissent par entrer sans guide. Une douleur dans le cul… Heureusement on fuit les trucs organisés comme la peste.

Aussi, dans les pays cons (que je ne me gènerai pas pour nommer, comme l’Australie), ils ne nous laissent pas entrer dans les bars. Parce que le petit bibi n’est pas en âge de boire. Mon royaume pour un bazooka…

Heu… C’est tout.

Il y a plein d’avantages sinon. Quand je suis avec le petit bibi, les caves ne me regardent pas de travers, comme quand je suis tout seul. Les gens sont mieux disposés à notre égard. Et je suis sûr que ça aide pour le stop et l’hospitalité spontanée.

Au bout du compte, c’est pas moins cool avec que sans. C’est pas tellement différent en fait. Je parie que c’est plus difficile de voyager avec un chien. Qu’en dites-vous, les punks ?

Posted from Mérida, Yucatan, Mexico.

Une pensée sur “C’est comment, de voyager à la dure avec un bébé ?”

  1. Vos articles sont très pertinents et agréables à lire. C’est sympa que vous ayez fait le choix, de partir avec votre bébé sur la route, je me doute que ça ne doit pas être évident tous les jours, mais quel richesse pour lui comme pour vous. Il vous ouvre un nouveau monde et une nouvelle vision auquel vous n’auriez peut-être eu pas accès, si vous étiez restez voyageurs indépendants.

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